Cher M. Fontecilla,
Je viens tout juste de visionner votre vidéo: "le Québec, ce sera le pays de tout le monde".
Qu’entendez-vous par: tout le monde? Québec Solidaire se présente comme LE parti inclusif, le parti de tous les québécois, mais est-ce réellement le cas? Pour être inclusif et rassembleur, pour représenter tout le monde, suffit-il seulement d’inclure les immigrants et les gens de diverses religions? Vous parlez souvent de l’inclusion par rapport à la charte des péquistes. Incluez-vous aussi les idéologies de tout le monde, les gens de droite par exemple. Que pensez-vous de leur matière grise, leurs idées à eux pour nous donner un pays?
Imaginons qu’au moins la moitié de la population est de centre-droit ou à droite. Comment allez-vous les convaincre d’adhérer à votre projet de société (de gauche) et à l’indépendance en même temps? Est-ce pratiquement faisable. Je crois être plus à gauche qu’à droite, du moins, c’est ce que Radio-Canada m’a apprit! Mais pour mon pays, j’ai des réserves sur votre stratégie.. ce n’est pas tout de dire que votre parti est souverainiste. Il faut agir et penser en conséquence, il ne faut pas ignorer la droite, il ne faut pas diviser les souverainistes sur une question idéologique. Il me semble que 1995 l’a démontré, non? Est-ce que Québec Solidaire pourrait appuyer et collaborer avec le camp du OUI, si un homme comme Lucien Bouchard ou Bernard Drainville était l’un des porte-parole? Pourriez-vous nommer un PKP comme porte-parole du camp du OUI. Pourriez-vous piler sur votre égo idéologique et donner votre place à l’autre, comme l’a fait Jacques Parizeau avec Lucien Bouchard? J’essaie de vous imaginer à la tête d’un gouvernement, puisque vous voulez faire un référendum à votre premier mandat. J’ai de la misère à imaginer Amir Khadir travailler avec Jean-François Lisée, serait-ce possible?
Sans blague, j’aime beaucoup Françoise David et je respecte votre parti politique. En fait, tout le monde dit qu’il aime Françoise David, c’est bon pour la conscience. Hélas, je suis en profond désaccord avec votre démarche, votre manière de vouloir amener les Québécois vers la souveraineté, je crois qu’elle est fautive pour plusieurs raisons.
Premièrement, je porte plus d’importance au projet du pays qu’au projet de société. Les projets de sociétés sont écrasés années après années, mandats après mandats dès qu’un nouveau gouvernement avec une vision différente prend le pouvoir. Un projet de pays, c’est là pour rester, ça ne change pas d’idée aux quatre ans. On ne peut pas gouverner une province pendant quatre ans à gauche, ensuite deux à droite, quatre ans à gauche, 8 à droite à nouveau. Où irait le Québec? Je crois qu’il s’effriterait dans cette confédération, perdu entre les provinces sans être maitre de son destin. Rien ne changerait. C’est l’une des raisons pourquoi les gouvernements néolibérales, plus au centre ou de centre-droit s’échangent le gouvernement années après années depuis un siècle. Le PQ et le PLQ se succèdent en enveniment ce statut quo ennuyeux.
À mon avis, la population est beaucoup plus intéressée par la question nationale que la question idéologique. Plusieurs québécois ne savent même pas s’ils sont à gauche ou à droite, mais lorsque vient le temps de dire s’ils sont souverainiste ou non, ça ils le savent, ils ont même des arguments! Dans ce sens, un gouvernement souverainiste de gauche (si un jour vous remplacez le PQ pour affronter les fédéralistes) affronterait un gouvernement fédéraliste de droite (le PLQ), aux quatre ans. Je crois que ce serait un scénario cauchemardesque pour les finances publiques et un casse-tête pour les ministres des finances. Ça doit prendre au moins deux ans pour passer d’un budget de gauche à un budget de droite. On monte les impôts des entreprises, on baisse les taxes, quatre ans plus tard, on fait le contraire. On écrit, on efface, on réécrit, on efface, on écrit, on efface…
Deuxièmement, je ne crois pas qu’on puisse créer un projet de société avant un projet de pays, nous ne sommes pas maitre chez nous, nous n’avons pas tous nos pouvoirs ici. Tant et aussi longtemps qu’Ottawa décidera de notre destin, c’est hypocrite de penser, c’est tronqué et dérisoire de croire que nous pourrions créer un projet de société de gauche ligoté à un gouvernement d’Ottawa de droite. En pratique, c’est fondamentalement contradictoire. Que ferait un gouvernement de gauche, devant Ottawa? Croyez-vous vraiment que c’est faisable d’imposer davantage les banques canadiennes du Québec comme vous le prétendez? En pratique, comme gouvernement, croyez-vous que c’est faisable de monter les impôts des entreprises du Québec avec une incorporation canadienne, une charte canadienne. Vous ne pourriez pas gouverner le Québec comme vous le voudriez à l’intérieur du Canada. C’est incompatible et mensonger de dire le contraire. Comme pays et seulement comme pays, vous pourriez gouverner comme bon vous semble.
Troisièmement, pour avoir un pays, il faut mettre la souveraineté de l’avant, avant les partis, avant les projets de société et les idéologies. Vous me direz que pour rassembler notre peuple derrière le OUI, il faut un projet de société rassembleur. Je crois que c’est éternellement faux, puisque les projets de sociétés idéologiques, ne plairont jamais à l’ensemble de la société. Sur la question nationale, nous ne pouvons pas rassembler un peuple derrière la gauche ou la droite, nous pouvons que rassembler entièrement notre peuple avec notre pays.
Dans ce sens, j’ai quelques questions pour vous.
1. J’aimerais savoir, est-ce que votre plan est de convertir les gens à droite vers la gauche pour ensuite créer un pays de gauche? Si oui, trouvez-vous que c’est réaliste?
2. Est-ce que votre Québec inclusif.. inclus aussi les gens d’affaires, ceux qui trouvent que l’État est trop gros, les syndicats trop gros, (la droite)?
3. Est-ce que vous croyez que c’est possible de faire du Québec un pays, sans avoir le support de la droite, sans avoir un projet qui les rassemble?
4. C’est quoi pour vous le pays de tout le monde? Est-ce que la gauche, par défaut, à l’avantage de rassembler tout le monde?
Vous dites souvent que le Parti Québécois divise les québécois sur des questions identitaires, je l’admet, la charte n’est pas parfaite. Est-ce possible que Québec Solidaire divise les québécois sur des questions idéologiques?
Je suis conscient que mon voisin de l’autre coté de la rue est peut-être un étudiant de McGill fédéraliste avec une idéologie de droite, comment allez-vous le rejoindre? Vous allez essayer ou vous allez l’ignorer? Il y a aussi mon voisin d’en haut qui est souverainiste, mais qui est terriblement à droite, il a fuit un gouvernement de gauche, il y a quelques années. Comment allez-vous le rejoindre?
Je suis de ceux qui ne croient pas que la droite ou la gauche est détentrice du savoir absolu en économie, en politique sociale ou en redistribution de richesse.
Il est vrai que lorsque les travailleurs ont plus d’argent dans leurs poches, ils dépensent plus, il y a aussi l’économie du bien-être (du bonheur social). Un peuple heureux est un peuple riche.
Pourtant, il est également vrai qu’en subventionnant l’innovation et en aidant les entrepreneurs et en allégeant leur fiscalité, cela peut aussi être bon pour la création d’emploi.
Ce ne sont que quelques divergences, c’est le débat éternel entre la gauche et la droite. Je ne veux pas m’attarder à ça, je ne sais malheureusement pas qui va gagner cette lutte d’idées.
Par contre, une chose est certaine, il n’y a pas de recette miracle pour l’indépendance, il faut réunir l’ensemble de la population derrière l’auto-détermination, derrière le OUI. Il faut laisser ses différents de coté pour une cause beaucoup plus noble que la gouvernance d’une province.
1995 en est la preuve.
Enfin, je trouve ça hypocrite lorsque vous dites que vous voulez faire du Québec un pays, un pays pour tout le monde. J’attends vos réponses, mais savez très bien que ce serait impossible de faire un pays seulement à gauche. Je trouve que c’est une grande contradiction dans votre argumentaire, dans votre démarche.
Sur une note plus personnelle, (encore plus), je crois de plus en plus que l’indépendance n’appartiendra pas à un parti politique, aux idéologies politiques ou aux gouvernements. Toute cette division sur des questions secondaires, tous ces débats idéologiques nous éloignent de l’essentiel.
L’indépendance passera par le peuple, s’il le souhaite, de quelle façon, c’est à suivre.
-Un souverainiste exaspéré par cette campagne électorale.
La droite a gagné les élections. La gauche a gagné les élections.
Quand est-ce que ce sera le Québec qui gagnera les élections? - Coluche
